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[image: plume]Le Pinson sort de son nid

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L'Eau vive, l'hebdo fransaskois de Regina - Le 27 septembre 2001

Le Pinson sort à nouveau de son nid
par Yves Lusignan

Le peintre Henri Matisse a dit un jour qu'il n'y avait pas d'art sans passion. Après la lecture du livre consacré à un des grands défenseurs de la francophonie en Saskatchewan, on peut maintenant dire sans se tromper que sans passion, il n'y a pas... de Pinson!

Roland Pinsonneault, le Pinson des Prairies, est une légende vivante en Saskatchewan et au Canada français. Tous ceux qui ont eu le bonheur de rencontrer un jour le personnage, qui fêtait le 22 septembre son 88e anniversaire de naissance, ont été pour le moins impressionnés par la force de ses convictions, sa foi en la francophonie, et son esprit bagarreur. On parle ici de 60 ans de militantisme, ce qui n'est pas rien dans une province où un francophone pouvait encore se faire dire dans les années 80 de parler «a Canadian language». Le choc était d'autant plus grand lorsque le commentaire provenait d'un employé ...de la GRC à Regina!

Un Pinson bagarreur donc, qui lorsque les choses n'allaient vraiment pas à son goût, lorsqu'il était vraiment excédé, lorsqu'il était à court d'arguments, n'hésitait pas à mettre le poing sur la table, ponctué d'un retentissant Baptême!, qu'on pouvait entendre de Regina à Ottawa. Une vraie tête de buffalo, comme il aimait se décrire après avoir repris son calme et ses esprits.

Le cri du Pinson, publié par Les Éditions Francine Breton, en collaboration avec la Société historique de la Saskatchewan, est une biographie attendue. Les premières entrevues, réalisées par Mme Claudette Gendron, ont en effet débuté dans les années 80. Le projet est ensuite tombé dans les oubliettes pendant une quinzaine d'années, pour être repris par l'auteur Jean-Pierre Leclerc.

Attention! Il a tout de même fallu «les supplications» de ses amis pour que Roland Pinsonneault accepte de faire revivre le projet. Le Pinson aime chanter, sans pour autant donner l'impression de se pavaner.

Né à Napierville au Québec en 1913, Roland Pinsonneault avait cinq ans lorsque ses parents fermiers décidèrent de migrer dans l'Ouest pour finalement s'installer à Gravelbourg en Saskatchewan, la Terre promise! Lui aussi sera fermier, mais un peu à contrecoeur. Son père a besoin de ses bras, car la crise économique des années 20 frappe. Il aurait pourtant aimé poursuivre ses études, lui qui aime la compagnie des livres. Il devra renoncer à son rêve de devenir médecin, historien «ou quoi que ce soit qui en ferait un homme de lettres et un notable.»

Il développe en parallèle un goût marqué pour l'implication sociale. Il participe avec enthousiasme au développement d'une des premières coopératives agricoles à voir le jour dans l'Ouest canadien, le fameux Wheat Pool. On le verra ensuite s'impliquer comme propagandiste au sein de l'Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan (ACFC), rebaptisée dans les années 60 l'Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan. Il en deviendra même le président de 1964 à 1968.

Il fera aussi sa marque au sein de l'Association des commissaires d'école franco-canadiens (ACEFC), qu'il présidera pendant vingt ans, de 1952 à 1972.

Coopérateur dans l'âme, il sera naturellement impliqué dans le développement des caisses populaires mais ne réussira jamais à convaincre les petites «baronnies» francophones de s'unir au sein d'un plus important regroupement.

Il fera également partie au début des années 60 de la fameuse Patente, l'Ordre de Jacques-Cartier, et sera un des premiers membres de la cellule de Gravelbourg.

On ne compte plus ses luttes et son implication sociale. Pour la radio francophone, pour l'Assurance-vie Desjardins, pour le journal provincial l'Eau vive, à titre de président de l'association de la presse francophone (APF), pour l'enseignement postsecondaire en français par le biais de la création de l'Institut de formation linguistique de Regina, pour une librairie francophone à Regina et pour... la souveraineté du Québec?

Lui le nationaliste, le bon libéral, le fédéraliste qui admirait tant Pierre Trudeau, tire un jour ses propres conclusions sur l'avenir du français et des Canadiens français. Des conclusions appuyées sur ses longues années de lutte en faveur du français dans l'Ouest, et contre les vicieuses tentatives d'assimilation menées par les anglophones. Il les fera connaître lors du référendum de 1980, bravant ses amis et ses adversaires. Cela ne l'empêchera pas de recevoir l'Ordre du Canada en 2000.

Tout cela, il n'aurait pu le faire sans le soutien et l'amour de sa Donalda, décédée il y a plusieurs années. Donalda, qui a élevé quasiment seule ses six enfants pendant que son passionné de mari courait les réunions ici et là après le travail sur la ferme. Une ferme qu'il finira par vendre en 1969 alors qu'il a presque 60 ans, au grand soulagement de son épouse: «Son époux ne sera plus écartelé entre les responsabilités de la ferme, les attentes et les critiques de Domina (son père), puis d'un autre côté, ses élans et ses engagements envers la francophonie» écrit d'ailleurs Jean-Pierre Leclerc. Parce qu'il faut bien le dire, la «Cause» passera parfois avant la famille. On ne compte plus les fois où il a puisé au fond de ses poches, pour donner l'exemple à ses compatriotes.

C'était sa façon à lui de surmonter le profond malaise qu'il avait, chaque fois qu'il parcourait la province pour convaincre les Fransaskois de participer à une énième campagne de financement. Mais qu'on ne s'y trompe pas: qui s'est frotté à Donalda Pinsonneault née Poirier, sait qu'elle n'était pas une femme soumise comme celle du roman et de la télé série «Un homme et son pêché». Une femme née à Gravelbourg, qui se balade à Regina avec une broche en forme de fleur de lys accrochée à la poitrine, est une femme qui n'a peur de rien et qui a des opinions tranchées.

Le Pinson des plaines laisse avec ce livre un témoignage pour les générations futures. Pour reprendre une formule choc, qu'il avait l'habitude de sortir de son chapeau à la fin d'une de ses fameuses envolées oratoires, dont il avait le secret: trois petits soupirs avant de mourir. Pour plus d'information.