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[image: plume]Le dernier vol du Pinson

Compte rendu publié dans...

L'eau vive de Regina - Le 7 mars 2002

Le dernier vol du Pinson
par Wilfred Roussel

Lorsqu'à chaque fois j'entendais la chanson «Jours de plaine» de Daniel Lavoie ces derniers temps, il m'était impossible de l'écouter sans avoir un pincement de coeur pour mon vieil ami Roland Pinsonneault. On dirait que cette chanson était écrite pour lui.

Roland était attaché à sa patrie, les Plaines, comme on est attaché à une vieille robe de chambre. Elle a beau être usée, c'est encore celle-là que l'on préfère le plus. Il avait une façon de prendre la terre dans ses mains et de toucher au blé comme on caresse un enfant.

Mais cette patrie pour lui, ce n'était pas le Canada comme on le voit actuellement; de plus en plus française qu'au Québec et de moins en moins française ailleurs. Cette partie des Plaines canadiennes, il la voulait un bien française. Il avait le coeur brisé de voir que Gravelbourg devenait Gravelberg.

Il avait dit à son fils Tex, il y a de cela bien des années: «trois souffles avant ma mort, je pense bien que je lâcherai la cause». C'était du Roland Pinsonneault tout craché. Il se levait en pensant francophonie et s'est endormi là-dessus, y'a pas un doute à y avoir. Et il n'aura conservé que ses deux derniers précieux souffles pour Donalda, sa femme et pour ses enfants.

Passionné, engagé, il ne faisait pas les choses à moitié. Je l'ai connu, il y aura bientôt vingt-cinq ans. J'ai donc connu la partie où Roland aura consacré beaucoup d'énergie à la presse francophone au pays, et à l'Eau Vive, son journal, son dernier bébé pour ainsi dire. A deux reprises il aura repris le bâton du pélerin pour le sauver d'une fin certaine. Roland ne pouvait accepter qu'un peuple, aussi peu nombreux furent-ils, soit privé de son journal.

Lorsque j'eus l'occasion de diriger l'Association de la presse francophone, Roland en fut le président pendant près de cinq ans. Quelle chance inouïe. Il fut plus qu'un mentor, il est devenu mon père spirituel. Même si tous deux avons quitté l'association en 1992, nous avions gardé contact. C'était devenu une mission pour moi ces derniers temps de travailler avec son vieil ami Albert Dubé, à rassembler les derniers dollars manquants, afin de publier son autobiographie intitulée «Le cri du Pinson».

Roland ne manquait jamais une occasion pour nous faire une de ses envolées oratoires en faveur de la lutte à poursuivre pour préserver la langue et la culture. Et tous les éditeurs de la presse francophone conservent en mémoire son fameux discours improvisé à l'intérieur de la cathédrale de Gravelbourg. Ça se passait en juillet 1990. Du coup, les éditeurs se dirent qu'il fallait absolument conserver une trace de cette journée. Et à la fin du congrés, il remirent à Roland Pinsonneault une sorte de serment d'allégeance, lui promettant de poursuivre son oeuvre.

Mercredi le 7 mars, Roland aura fait sa dernière apparition dans la cathédrale de Gravelbourg. Une apparition en catimini, silencieuse. Seuls les murs résonneront de ses paroles prononcées dans cet enceinte douze ans plus tôt. Il laissera à d'autres le soin de faire les choses comme elles se doivent d'être faites.

Lorsque j'entendrai à nouveau «Jours de plaine», de Daniel Lavoie, je ne pourrai jamais plus faire autrement que de penser à lui. Salut mon Grand.