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[image: plume]L'art du bonheur

Extrait de l'article publié dans...

Le Soleil de Québec - Le 13 novembre 2002

L'art du bonheur
par Mylène Moisan

Les gens heureux vous le diront, il en va du malheur comme de la cigarette. Rien d'autre qu'une mauvaise habitude dont n'importe quel quidam peut se défaire.

Anne Beaumier le croit dur comme fer. à 25 ans, elle est parvenue à gravir la montagne bonheur, après avoir déboulé plusieurs fois. Tentative de suicide à 14 ans, dépression trois ans plus tard, on ne peut pas dire qu'elle soit tombée dans la marmite de la joie de vivre. Mais elle a fait le choix de changer sa vie et elle a tenu bon. Un peu comme Sisyphe qui aurait conjuré le sort...

Lyne Barbeau est une autre rescapée. Elle, qui était à ramasser à la petite cuillère il y a cinq ans, se dit complètement heureuse aujourd'hui. «Je me suis vraiment demandé pourquoi la vie nous donnait des choses si c'était pour nous les enlever par la suite. Et c'est à ce moment que j'ai fait le choix d'être heureuse», se rappelle la journaliste.

Instinct de survie

À l'instar de celui qui attend les premiers rôles d'emphysème pour renoncer aux clous de cercueil, Mme Barbeau a pris l'option bonheur alors que tout était gris autour d'elle. Dans un cas comme dans l'autre, c'est l'instinct de survie qui entre en jeu. «émotivement, ça a été un réflexe de survie. Il faut vraiment vouloir être heureux, ça ne se fait pas tout seul», prévient-elle.

Là où d'autres auraient pu choisir de s'apitoyer sur leur sort, Mme Barbeau a décidé de tirer des leçons. Et elle a appris à être heureuse comme on s'initie à un sport. «C'est un peu comme le tennis. Tu commences par la base et tu t'améliores tranquillement. Et, un moment donné, tu arrives au point où tu peux transmettre ce que tu as appris.»

Elle est rendue là. Plus tôt cette année, elle a publié Le bonheur est un choix, qui reprend l'essentiel de ce qu'elle a appris depuis qu'elle a tourné le dos au malheur. «Pendant cinq ans, j'ai lu, j'ai voyagé pour comprendre. J'ai lu sur la psychologie, la science, le mysticisme, la physique quantique et la religion pour trouver les réponses. Tous abordaient la question du bonheur à leur façon.»

être heureux n'a rien à voir avec la naïveté béate. Mme Barbeau ne saute pas de joie lorsqu'elle trouve une contravention sous l'essuie-glace de sa voiture ni lorsqu'elle reste coincée dans le trafic de Montréal, où elle habite. «Quand t'es pris dans la circulation, ou tu chiales, ou tu en prends ton parti. De toute façon, tu vas arriver en retard au bureau», expose-t-elle.

Même chose pour les pépins de la vie. Les gens heureux ne font pas l'autruche ni ne balayent les problèmes sous le tapis. Contrairement à l'adage, ils ont des histoires comme tout le monde. «Quand on choisit d'être heureux, on choisit aussi de ne plus refouler ses problèmes, précise Anne. De ne pas rester en surface non plus. Il faut accepter de tourner le miroir vers soi et de pelleter les ordures vers l'extérieur. Pour en arriver là, ça demande beaucoup de travail.»

Chacun sa recette

De l'avis de ces deux oiseaux de bonheur, on ne change pas le cap de sa vie en criant ciseau. Dans les deux cas, des années se sont écoulées entre le jour où elles ont fait le choix d'être heureuses et celui où elles le sont devenues. Vraiment.

«C'est facile d'être heureux, il suffit de l'être», laisse tomber Mme Barbeau. Mais encore. «La première étape est de savoir si tu veux vraiment y croire. C'est comme arrêter de fumer. Si tu ne le fais pas, c'est que tu n'y crois pas assez, tranche l'auteure. Puis, un jour vient où tu te dis: 'Wo, c'est fini'. Moi, je me suis dit que ça ne se pouvait pas que la vie ne veuille pas mon bonheur.»

Aux yeux de Mme Barbeau, c'est l'ego qui est le plus coriace ennemi du bonheur. Sa spécialité? Poser sans cesse de nouvelles conditions: une nouvelle voiture, une maison, l'âme soeur, de l'argent. Mais, le problème avec l'ego, c'est qu'il n'est jamais satisfait. «L'ego divise tout, il est constamment tourné vers l'extérieur. Il se nourrit des rapports de force.» Tant et aussi longtemps qu'il est dans le portrait, autant dire que le bonheur n'a aucune chance.

À partir du moment où il ferme le robinet du malheur, l'apprenti doit apprivoiser tranquillement le bonheur qu'il convoite. «C'est comme une cathédrale. La première pierre est difficile à poser, puis, ça devient toujours plus facile», soutient Anne. Poser une pierre, pour elle, c'est travailler sur soi.

Exit l'orgueil, l'égoïsme et la peur qui paralyse.

«Quand on apprend à être heureux, on se muscle l'intérieur, ce qui fait qu'on n'a plus besoin de carapace. On devient tellement fort en dedans qu'on peut passer à travers les épreuves de la vie sans y laisser sa peau», assure Anne.

Oh, hisse! Oh, hisse!