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[image: plume]Aux parents d'anorexiques

Extrait de l'article publié dans...

Le Courrier de Saint-Hyacinthe - Le 2 février 2005

Petit conseil aux parents d'anorexiques
«Acharnez-vous!»

par Denyse Bégin

Si la quête d'une perfectionniste a pour objet sa propre personne, ça peut la pousser jusqu'à l'anorexie. Vouloir un corps parfait, c'est en quelque sorte faire un pacte contre soi. Surtout si ce besoin maladif s'accompagne du désir de performer, de la «perf 2» comme l'indique Anne-Marie Hénault, auteure de Plume, un jour je volerai.

Lorsque la jeune femme a quitté Saint-Hyacinthe après son secondaire 3, couper les ponts avec son milieu s'avérait une partie de la solution. Après une année en dents de scie oà une perte de poids importante suivait une prise de poids tout aussi importante, l'effet yo-yo, elle a senti le besoin de repartir en neuf.

Anne-Marie dit avoir eu la chance d'être restée lucide et d'avoir pu finalement écouter la petite voix en elle qui, 5 % du temps, lui disait aime-toi donc un peu plus. La grosse, la dominatrice lui disait, et ce, 95 % du temps, «tu n'es pas belle». «Lorsque je me suis retrouvée vraiment les «pieds dans la merde», je n'ai plus eu le choix, raconte Anne-Marie Hénault de passage au COURRIER. «Il y a deux phases dans l'anorexie, explique la jeune femme: celle du paraître et celle du disparaitre. Dans la première, les gens autour te disent «Wow tu as perdu du poids!» Dans la deuxième phase, ça se change en «Wow, tu manges!» «Mais, la personne malade va choisir l'anorexie plutôt que les gens. Elle croit qu'ils sont jaloux. Dans ma quête d'être parfaite, la seule imperfection qui se glissait, c'est le mensonge. Je me dégoûtais de mentir. J'étais devenue une vraie pro. à la fin, personne ne pouvait se douter que je mentais.» Même pas votre mère? «Il y a une relation amour/haine assez forte entre une mère et sa fille dans les cas d'anorexie. Moi, j'ai pris d'assaut la cuisine très jeune pour arriver à mes fins. Je faisais même l'épicerie. Si je disais que j'avais mangé en préparant le souper, personne ne pouvait me contredire puisque je m'occupais de la bouffe! «Lorsque je suis entrée au secondaire, j'avais perdu pas mal de poids. Ensuite, une bonne partie du secondaire, j'ai vécu l'effet yo-yo. «Je me disais régulièrement: «il faut te faire souffrir. Je ne me faisais pas vomir, mais je me frappais pour me faire mal. Dans les pires bouts, je devenais amnésique. Je planais littéralement et je n'étais plus tout à fait consciente de ce qui se passait autour de moi. Au Collège Saint-Maurice, j'ai souvent occupé un lit de l'infirmerie, jusqu'à deux ou trois cours par jour. «On remarque des pertes de poids chez les anorexiques bien sûr, mais il y a également les yeux renfoncés, de l'hypotension, des étourdissements. à la fin d'une certaine année du secondaire, je n'avais plus de mémoire et même lire un livre était éreintant. Je me souviens d'un Jules Verne qui était au programme. Je n'avais même plus d'énergie pour tenir une page.»

Sur le chemin de la guérison

Anne-Marie Hénault, après avoir connu ces abîmes, a décidé de se prendre en main. Lorsqu'elle s'est inscrite à Montréal afin de terminer son secondaire, elle a été suivie pendant un an à l'hôpital Sainte-Justine. Elle dit avoir travaillé énormément sur la confiance en soi.

«Oui, il m'arrive parfois d'être tentée de retourner dans le modèle déjà vécu, mais j'essaie alors de comprendre à quelle période de ma vie ça correspond et pour quelles raisons j'y repense. «Mon livre est l'histoire de Béatrice mais, bien sûr, c'est inspiré de ce que j'ai vécu. Il s'adresse aux jeunes, mais aussi aux parents. Il est écrit sous forme de journal intime et, sous sa première version, il constituait un travail à remettre dans le cadre d'un projet personnel de fin d'année. «à Montréal, je n'ai pas caché mon passé. Le projet de livre, c'était la première fois que je m'ouvrais vraiment sur ce que j'avais vécu. «Quand j'ai signé un contrat d'édition, j'ai retravaillé le récit afin de le rendre le plus accessible possible. Les parents qui veulent saisir tout de suite ce qui se passe dans la tête de leur fille y trouveront des pistes. «Depuis sa publication, je vais régulièrement dans les écoles pour parler d'anorexie. Je ne fais la morale à personne, je ne leur dis pas quoi faire, je leur explique comment ça se passe dans la tête d'une anorexique. «à la fin du livre, il y a un volet plus informatif. Et, je dis aux parents de ne pas abandonner leurs enfants même si des portes se ferment sous leur nez. Insistez, acharnez-vous, vos filles vous entendent. C'est important de savoir que nos proches sont préoccupés même si nous n'avons pas l'air d'accepter leur attention.» Dans la conclusion du récit de Béatrice, on lit: «Malgré tout, j'ai vécu ce que j'avais à vivre et c'était mon chemin à suivre. J'ai grandi grâce à mon mal, c'est la seule bonne chose à tirer de lui. Il faut connaître le goût du fiel pour apprécier le goût du miel. Maintenant, j'apprécie. JE est devenu important à mes yeux. JE a appris à se faire plaisir. JE a appris à s'aimer».

Plume, un jour je volerai, Anne-Marie Hénault, Les Éditions Francine Breton, collection «Ados-Santé».