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[image: plume]Billet de lecture: Un effet papillon

Article publié dans...

Fraternité, bulletin trimestriel
Association des Anciens d'Arthabaska
- Mars 2007

Billet de lecture: Un effet papillon
par Yvon Morin

JEAN-GUY BRUNEAU, Un effet papillon - Comment j'ai survécu à un massacre au Congo - Comment j'ai vaincu mes réactions post-traumatiques, Montréal, les Éditions Francine Breton, 2006, 308 pages.

Le bulletin Fraternité d'octobre 2006 reproduisait la 4e page de la couverture du livre de Jean-Guy Bruneau. Cette page comprend un bref résumé des grandes parties du livre qui sont annoncées dans les sous-titres et quatre capsules louant les mérites d'Un effet papillon. Peut-être cela vous a-t-il incités à lire Un effet papillon? Si oui, vous ne l'avez certainement pas regretté. Si non, j'ai la conviction que vous manquez une excellente occasion de vivre l'expérience de lire un livre vraiment remarquable.

Tout d'abord, l'histoire nous capte du début à la fin. Qu'il s'agisse de l'arrivée des Frères du Sacré-Coeur au Collège Makungika au Congo, de la présentation de ce pays de misère, du massacre du personnel du Collège par des rebelles, des réactions post-traumatiques vécues par Jean-Guy au Canada et des cheminements thérapeutiques qu'il a réalisés pour recouvrer l'équilibre intérieur, tout est présenté de manière ordonnée, claire, concrète et intelligente. Jean-Guy est un professeur-conteur admirable. Il accompagne avec sollicitude son lecteur: il utilise des images (comme celle de l'effet papillon) et des comparaisons (comme celle des fils d'araignée); il répète à bon escient les choses importantes, donne des résumés et souligne l'essentiel; il fournit des cartes géographiques, des annexes explicatives et une bibliographie. Guidé par ce brillant professeur, je me suis mis d'emblée en situation d'apprentissage. J'en suis sorti comblé et riche de plusieurs savoirs nouveaux qui ont éveillé ma conscience.

À travers ce récit aux multiples dimensions, Jean-Guy dévoile plusieurs traits de sa personnalité qui en font un être attachant et exemplaire. Voici, très brièvement présentés, quelques-uns de ces traits.

Jean-Guy est un travailleur infatigable, persévérant et ingénieux. Lors de sa première année scolaire au Congo (1962), il a une classe de 50 élèves qu'il doit préparer aux examens officiels; il donne 25 heures de cours par semaine et surveille dix-neuf heures d'études. à cela s'ajoutent mille et une tâches reliées à la vie quotidienne d'un pensionnat de 325 élèves situé en brousse. Il faut se débrouiller et composer avec des pénuries de ressources humaines, de manuels scolaires, de nourriture, de matériel. Il faut également apprendre à vivre avec la lenteur congolaise qui a comme consigne: «Pourquoi faire aujourd'hui ce qui pourra être fait par un autre demain.» De retour, au Canada, Jean-Guy continuera d'être un travailleur inlassable. Pensons à ses études de psychologie, à son travail professionnel de thérapeute, à ses propres cheminements thérapeutiques et, exemple remarquable, à la préparation et à la publication de son livre.

Jean-Guy est doué d'une grande curiosité, d'un désir constant de connaître, de comprendre, d'expérimenter. Cette curiosité, à l'époque, était souvent considérée comme subversive. Jean-Guy avait ainsi la réputation non enviable d'être l'enfant le plus tannant de la famille. Mais des personnes, telles que son père et des éducateurs, ont aimé sa curiosité et l'ont aidé à exprimer son goût de questionner, de remettre en question les préjugés et les idées reçues, d'aviver et d'élargir sa conscience. Ses lectures et son Temple personnel de la renommée sont de belles illustrations de sa curiosité et de sa culture aux multiples savoirs. à ce propos, je trouve intéressant de rappeler cette citation d'Eleanor Roosevelt: «à la naissance d'un enfant, si sa mère demandait à sa bonne fée de le doter du cadeau le plus utile pour lui, ce cadeau serait la curiosité.»

Jean-Guy est un homme d'une exceptionnelle générosité, capable de compassion, de solidarité, de don de soi. Quand il quitte la communauté pour choisir la voie conjugale, il ne renonce pas pour autant à poursuivre son objectif visé dès son adolescence, celui de travailler à bonifier l'existence de ceux qui l'entourent et des gens en difficulté. Il s'est donné corps et âme à aider des jeunes congolais et, même si des rebelles congolais l'ont attaqué de façon barbare, il aurait été prêt à retourner au Congo. Au Canada, il a consacré plus de trente ans de sa vie comme clinicien auprès d'adolescents et adolescentes ayant des troubles de comportement et des agirs délinquants. Malgré des réactions post-traumatiques reliées à son travail professionnel, il a refusé de quitter un travail qu'il a toujours aimé. Jean-Guy est certainement à la source de multiples effets papillon, ses actions créant une chaîne de fécondité auprès des personnes souffrantes, éprouvées, démunies.

Jean-Guy est un traumatisé exemplaire qui a su transformer l'épreuve terrible du massacre en «un merveilleux malheur qui l'a conduit sur un chemin qu'il n'aurait jamais découvert» s'il n'avait pas vécu le massacre. Dans la seule journée du 22 février 1964, lors du massacre au Collège Makungika, il a vécu cinq occasions distinctes de se faire tuer. Blessé, étendu dans une mare de sang avec son confrère, Raymond Bussières, il s'en tire en simulant la mort. Après un long et exigeant cheminement thérapeutique, qu'il décrit et analyse avec compétence et lucidité, il réussira à vaincre ses réactions post-traumatiques. Un jour, en rappelant comment ils avaient réussi à berner les rebelles qui les ont crus morts, lui et Raymond, il se met à rire devant sa thérapeute étonnée, en disant «on les a bien eus». Il constate avec joie que son humeur soucieuse s'est détendue et que son humour s'est accru. Il a fait en lui un grand ménage des moments difficiles de sa vie et il écrit, entre autres choses: «Le sentiment de confiance en moi prend de l'expansion, mon activité gagne en créativité et mes rapports avec autrui gagnent en aisance, en jovialité et en humour.»

Enfin, Jean-Guy est un être de grande maturité, faite de sérénité, de cohérence et d'équilibre. à la suite d'une longue expérience de prise de conscience, d'élargissement de sa vision des choses, d'intégration des dimensions spirituelle et philosophique, il a réussi à se donner une réponse significative à la question essentielle: Qui suis-je? «Je suis, écrit-il, une personne UNIQUE, LIBRE, ACCUEILLANT LA VIE et CONSCIENTE de sa place dans le grand Univers.» à la suite des traumas qu'il a subis, il ne s'est pas contenté de devenir «fonctionnel», il est allé beaucoup plus loin, jusqu'à l'atteinte d'une paix profonde et d'un épanouissement véritable.

La lecture d'Un effet papillon ne peut que contribuer à nous rendre meilleurs. Nous comprenons mieux les problèmes de violence dans le monde. Nous nous sentons invités, par l'exemple et l'inspiration que nous donne Jean-Guy, à être des personnes passionnées d'apprendre et de comprendre, à faire preuve de générosité et de compassion, à croire en nos capacités de guérir de nos blessures et d'atteindre la sérénité de l'âme.

Merci, Jean-Guy, ton témoignage est et demeurera d'une grande fécondité et aura des effets papillon assurés et incalculables.